Leçon de belge

ALLEZ !:

Mot multi-fonctionnel "allez hein, te laisse pas aller" ou alors "mais allez, qui a fait ça ?" ou enfin: "allez, pourquoi tu dis ça menant (pour maintenant) ?"
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mardi

Bucquoy inaugure son musée du slip à Paris

Le webzine BIP ("Belgian in Paris") nous avait prévenus, l'événement sortirait de l'ordinaire et, de fait, l'inauguration du musée du Slip en compagnie de l'artiste belge Yann Bucquoy à la Galerie Immanente fut un moment d'anthologie.

Monté à la capitale (enfin, de la Belgique on descend, mais soit) avec sa baraque à frites et quelques fûts de blonde bruxelloise Taras Boulba, la soirée brillât de convivialité.

Son oeuvre est une bizarrerie qui ne laisse pas indifférent. Réalisateur célèbre au plat pays d'une suite de films sur le thème de "La vie sexuelle des belges", peintre et amuseur surréaliste, Yann Bucquoy est au slip ce que Max Ernst est au collage !

A l'origine, son constat : imaginer les gens en slip les rend humains tout célèbres ou redoutés soient-ils.
Beaucoup en rêvaient, Yann, l'a fait !
Au final, une collection de slips cultes de Plastic Bertrand, Jean-Marc Barr à Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris, authentifiés, portés mais... propres; une série de portraits culottés; quelques toiles et de surprenantes postures d'un Tintin à la "b..." mystérieuse!
Certains hommes politiques invités à se désliper pour l'occasion ont répondu avec malice, d'autres sans-culottes ont laissé l'offre lettre morte. On s'amusera donc des futures aventures de l'iconoclaste dans son prochain tour de France à la chasse au slip.
Et si vous êtes célèbres, confiez-le-lui donc, votre slip, ça vous portera sûrement bonheur.
du 6 au 21 novembre 2009, au centre d'Art Immanence, 21, Boulevard du Maine 75014.

lundi

En tus brasos : court métrage d'animation Tango

On tombe dans le tango souvent par hasard. Un air de musique au détour d'une ruelle perdue magnétise les pas et mène imperceptiblement le curieux hypnotisé devant un spectacle dont il ne peut soupçonner l'existence. Dans une salle improbable aux accents surannés, des couples silencieux évoluent comme des elfes semblant ne pas toucher terre. Les notes sont puissantes, les gestes inspirés, les femmes aux paupières closes s'abandonnent au langage des corps. Impossible de résister à l'envie d'en être et de toucher comme eux l'absolu. Commence alors un long apprentissage semé de discipline, de dépassements, de doutes, de solitude accentuée d'incompréhensions. Là comme ailleurs, le Graal est le parcours intérieur. Et puis un jour, apparaît l'autre, avec lequel tout est possible. La quête de l'accord parfait est alors récompensée d'un voyage inédit au monde du suprême, un peu moins triste, un peu moins seul, ailleurs. Sans un mot, en regards, en sourires, la vie s'illumine...le temps d'un tango.










Réalisateurs : François-Xavier Goby, Édouard Jouret, Mathieu Landour

"Le plus grand danseur de tango des années vingt est cloué dans un fauteuil roulant après un accident. Grâce à sa femme, il retrouve l'usage de ses jambes le temps d'une danse imaginaire."

Merci à Philippe Lévy pour la découverte de ce merveilleux court métrage.

dimanche

Spleen et réconfort à la Closerie des Lilas

C’est un jour de rentrée, de fin d’été où les feuilles jaunissent et commencent à joncher les trottoirs.
C’est un dimanche engourdi par la fatigue d’un voyage, par un retour trop rapide au climat gris et frais de septembre.
Paris est engorgé de voitures, nous roulons sans penser, à la recherche d’un havre de paix, d’un oasis qui nous rappellerait les vacances, qui nous ferait repartir dans une atmosphère d’ailleurs.
Sur notre chemin, La Closerie des Lilas apparaît comme un îlot propice à l’accueil des voyageurs égarés. Dès l'entrée, l'ambiance feutrée et rassurante apaise nos âmes en quête de bien-être. Tout imprégnés de la lumière discrète et tamisée de l’endroit, nous nous fondons dans le paysage des habitués. Accoudés au magnifique bar en bois massif, nous contemplons le reflet des bouteilles alignées devant les vastes miroirs. Les seaux à champagne transpirent leur glace fraîche, les garçons intemporels s’exécutent tranquillement dans les coulisses du bar. Rien à voir avec ces endroits à la mode ou le décor est aseptisé et l’air artificiel. Ici, il y a encore une âme.

On perçoit l’ombre des personnages célèbres qui ont usé l’endroit de leur talent. De Picasso à Hemingway, les traces de leur passage imprègnent encore ces lieux magiques. On s’attend à les voir entrer et s’asseoir à leur table préférée.


L’Irish Coffee, probablement l'un des meilleurs de Paris, nous est servi avec classe et respect des traditions. Arc en ciel de couleurs et crème fraîchement battue nous invitent à déguster religieusement la divine boisson.

Le pianiste joue un air de « que reste t’il de nos amours » sur fond de bavardage discret des clients attablés.
Le moment est exquis, aussi délicieux que la tarte aux fruits rouges.
Les clients du dimanche, aussi chics et bien mis que le quartier, prennent le temps.
Comme nous, ils respirent le moment et écoutent les battements de cœur authentiques de la Closerie, un lieu sans doute unique à Paris.

C’est quoi la vie, Malik ?

Calme absolu. Seuls quelques gargouillis scandés par un soupir de vapeur rythment l’ambiance d’un espace étroit au toit voûté.
10h30. Odeur d’eucalyptus et premiers pas dans le couloir. Enveloppé dans son peignoir blanc, Malik attend que reprenne la danse. Employé aux thermes d’un hôtel de la côte, il est le fier gardien du temple hammam. C’est son travail, et c’est sa vie.
Chaque journée s’écoule lentement dans les ténèbres embués pour l’esclave d’une infernale machine à vapeur.
Des curistes nimbés de brouillard qu’il guide d’un signe de la main, il ne voit d’abord que les formes plus ou moins bien proportionnées. Mais ici c’est chez lui, il dirige fièrement son domaine, seul responsable des âmes errantes alentours.

Il n’a pas d’âge, Malik. Entre deux bouffées de fumée on distingue son visage encore tendre aux yeux profonds et cheveux de geai. Son corps imberbe et musclé ruisselle de sueur huilée et parfumée.
Enfermé pour l’éternité dans son antre humide, il croque un peu des vies de chacune de ses brebis. Il est alors pour un instant femme de général à la retraite, businessman grassouillet ceint dans sa serviette, commerçant en vacances annuelles, patron de PMU, ou mère de famille à peine accouchée.
Armé d’un gant de crins, il masse énergiquement jambes lourdes, dos empesés et ventres rebondis à la chaîne. Il est les algues et le savon, l’ombre des bras épais qui règlent la chaudière, le plus anonyme des fantômes.
En rêve, son imagination caresse quelques seins à peine dévoilés. C’est comme ça qu’il voyage.

Il ne parle pas de lui et quand on lui demande comment il envisage la vie, il répond simplement qu’il est heureux.
Polaroïd.Ca y est ! Je suis à Paris.Pas comme d’habitude pour y travailler.Simplement en convalescence.Enfin, avoir le temps de s’imprégner de la vie intime d’une ville. Quel luxe !Prendre le métro en dehors des heures de pointe, trouver facilement un taxi sans craindre de rester une heure sur le trottoir ; pouvoir se mêler au bourdonnement tranquille des étudiants sortant de leurs classes, des ménagères en quête des provisions du soir, des touristes découvrant la ville nez en l’air et guide en main.Sur la petite place de la rue de Passy, j’achète trois fruits pour trois euros ; je commande un Vittel menthe pour quatre… Pas de doute, je suis à Paris et je mesure l’opulence que signifie le moment présent.Pas de téléphone, de mail, de télécopie ; pas de collègues rôdant autour de moi, pas de bavardages inutiles, pas d’ennuis dus à l’incompétence collective cultivée dans les bureaux de la ville.La solitude parmi la multitude.Le bonheur de voir sans être vu ; d’imaginer une histoire aux passants, de deviner où ils vont et à quoi ils pensent.Un des serveurs m’interpelle : « un vrai roman ! J’espère que ça fini bien ? »Je lui souris. Je ne sais pas encore quelle tournure prendra cette histoire, mais j’ai envie de lui répondre « bien sûr ! »Mais cette histoire sera aussi courte que le temps de prendre un verre et n’aura probablement pas de fin. Le monde lui-même n’en ayant aucune.Après moi, un autre passant s’attablera ; lira son journal, prendra une consommation hors de prix et laissera sa place au suivant, comme s’il s’agissait d’une gigantesque et interminable course relais.Et ainsi passeront les jours, les mois, les gens, les vies.Qui sera le prochain à ma table ?Deux dames d’âge mûr venant rafraîchir leur après-midi d’une glace débordante de chantilly.Il n’y a plus de tarte fine !Un homme seul viendra prendre un café, rapidement, entre deux rendez-vous.Une dame aux cheveux blancs fera une halte avant de repartir, les bras trop maigres chargés de commissions.Un groupe d’étrangers perdu, ou d’adolescents profitant d’un moment de liberté…Un couple d’amis, d’amies, d’amants heureux ou malheureux…Tout est possible sous les tilleuls de la place.La vie s’immobilise l’espace d’un instant mais ne s’arrête jamais.